mer 26 oct 2005
EDF, l’argent et nos vies
mer 26 oct 2005 à 09:55 :: Actions, opinions et débats
Le temps ne passe pas en vain : 20 ans après Tchernobyl, même Georges Charpak, prix Nobel de physique chantre du tout-atome, estime dans son dernier ouvrage que le risque des déchets nucléaires est tel que seule l’ONU pourrait, au nom de l’humanité, le gérer mondialement, et que la société doit faire pression sur les gouvernements pour assurer la sécurité de ce secteur. Au même moment, le débat sur la privatisation d’EDF reste désespérément idéologique et franco-français. Les tenants de la privatisation voudraient relativiser la question du statut du premier électricien nucléaire mondial, sous prétexte que la gestion étatique du nucléaire n’a jamais été transparente. C’est un fait, mais cela ne légitime pas la confusion entre intérêt général et gestion privée. Le modèle « à l’Etat la sécurité, au privé la rentabilité » n’est pas soutenable. Il impute au concept de service public l’opacité des choix de l’Etat nucléocrate. Personne ne doit être dupe de cet amalgame. Cela ne justifie pas pour autant toutes les errances de la multinationale EDF. Elle doit redevenir un véritable service public d’abord pour garantir un accès équitable à l’énergie, et surtout pour donner aux usagers le pouvoir de décider des énergies du futur.
Mais le parc nucléaire d’EDF doit surtout rester dans le giron de l’Etat pour des raisons de santé. La société en est à présent consciente : ce siècle comptera de moins en moins de catastrophes naturelles. Nous préparons aujourd’hui l’ampleur et l’étendue des catastrophes sanitaires de demain. Tchernobyl, dont le bilan est toujours provisoire, a montré l’incurie et la faillite d’un système politique. On voudrait à présent faire passer le nucléaire de l’Etat au tout-marché, qui ne garantit que la lucrativité et en rien le contrôle citoyen. Les abandons politiques d’aujourd’hui sont les catastrophes écologiques de demain. L’énergie, à commencer par la plus dangereuse et la plus polluante de toutes, doit rester sous contrôle citoyen. La privatisation d’EDF est aussi une privatisation en douce de notre sécurité sanitaire.