lun 24 avr 2006
« Indécence Santé » ! Les AGF inventent la classe affaires pour la santé
lun 24 avr 2006 à 15:36 :: Au Conseil Régional d'Ile-de-France
Instauré au 1er janvier 2006, le nouveau parcours de soins (passer par un généraliste pour accéder à une visite remboursée chez un spécialiste) a comme effet pervers, pointé par le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie dès juin 2005, de permettre aux plus aisés de ne rien changer à leurs habitudes, et aux spécialistes de privilégier les patients fortunés et informés. On sait par ailleurs que nombre de médecins refusent en consultation des assurés au titre de la couverture médicale universelle (CMU). Aggravée par la réforme, la sélection par l’argent ou les passe-droits dans l’accès aux soins est une dérive honteuse, ici comme ailleurs.
Mais avec le projet des AGF, baptisé « Excellence Santé », cette infraction au serment d’Hippocrate qui impose de soigner tout être humain, deviendrait une règle qui bénéficierait à 10 000 élus des dieux de l’assurance. Les 200 spécialistes français les plus réputés (publics ou privés) seraient ainsi prioritairement réservés aux personnes capables de cotiser 12 000 euros par an ! Ce projet vient de plus d’un des directeurs des AGF, Gilles Johanet, ancien conseiller de Pierre Mauroy à Matignon ! A l’heure où le gouvernement prévoit la fermeture de 113 services de chirurgie, la médecine à deux vitesses s’installe bel et bien en France. Le plus scandaleux est qu’il se trouve des médecins se déclarant prêts à participer et qui s’estimeraient flattés de faire partie du réseau. Entre autres réactions, celle du président du Comité national d’éthique, Didier Sicard, est inquiétante par sa complaisance résignée : « il ne faut pas idéaliser les médecins, confrontés à des tentations terribles ; le discours sur l’égalité est un vain mot » ! Rappelons que le salaire net mensuel moyen d’un médecin français est de 5000 euros par mois, bien davantage qu’un professeur d’université ou un avocat.
Comme l’éducation ou le logement, la santé n’est pas qu’un marché : elle est le symbole même de la solidarité nationale. La priorité de tel patient n’est justifiée que par l’urgence des soins à prodiguer. Les mutuelles de santé ont largement prouvé qu’on pouvait assurer des soins de qualité égaux pour tous avec des cotisations proportionnelles aux revenus. Il faut en finir avec l’individualisme et la cupidité qui gagnent ces professions : les Français attendent mieux.
L'Assemblée nationale vient d’adopter hier en première lecture le projet de loi sur les déchets radioactifs : ce texte entérine le principe du stockage en profondeur des déchets de l’industrie nucléaire. Rappelons que la France héberge déjà un million de mètres cubes de déchets, alors même qu’aucune solution technique satisfaisante n’a été trouvée en plus de 15 ans. Les faibles émissions d’effet de serre vantées par EDF sont payées au prix fort : un danger d’empoisonnement de l’environnement sur des milliers d’années ! Les parlementaires ont beau jeu d’applaudir le nucléaire français, ils feront tout pour éviter d’héberger un site de stockage sur leur circonscription : voilà pourquoi la loi prévoit d’acheter le consentement des départements volontaires (jusqu’à 40 millions d’euros par an). Le RMI ou l’allocation handicap, que les conseils généraux peinent à assumer, pourront donc être pris en charge par l’industrie nucléaire !
Parallèlement, le nouveau réacteur EPR est mis en place : le nucléaire continue sa folle course en ignorant toutes les mises en garde. La Cour des Comptes, en février, avait dénoncé le « défaut de vue d’ensemble sur la politique nucléaire » qui justifie les déchets par la possibilité de nouveaux réacteurs, et les nouveaux réacteurs par la nécessité d’utiliser les déchets. De plus, au moment de son entrée en Bourse, la Cour des Comptes et l’Autorité des Marchés financiers ont souligné l’irresponsabilité d’EDF, qui n’a pas provisionné les fonds nécessaires au coût du démantèlement, entre 2020 et 2050, des 58 tranches des 19 centrales existantes.
Le nucléaire français est une aberration écologique, économique et démocratique, sous perfusion d’un Etat incapable d’imaginer une grande politique d’énergies renouvelables. Comme le pétrole, l’uranium existe en quantité limitée : la France accroît sa dépendance extérieure. Enfin, 20 ans après Tchernobyl, la multiplication des centrales en France et à travers le monde accroît considérablement le risque d’accidents et d’attentats terroristes.
J’appelle donc à participer au grand rassemblement contre le réacteur nucléaire EPR les 15 et 16 avril prochains, à Cherbourg.
Après dix jours de confusion au sommet de l’Etat, le CPE est définitivement enterré. Durant la crise, les commentaires des capitales étrangères et des principaux éditorialistes n’ont cessé d’entretenir l’image d’une France archaïque, sclérosée, immobile dans un monde qui bouge, refusant les adaptations nécessaires. Il existerait ainsi une exception française déplorable, alors que les autres peuples auraient l’art de se plier sagement à l’ordre socio-économique. Les arguments étaient les mêmes lors du référendum sur la Constitution européenne, jusqu’à ce que les Pays-Bas rejoignent le point de vue français, et que Tony Blair décide prudemment de « reporter » le référendum anglais par peur de la contagion !
Cette conception d’une France caractérielle et sclérosée fait peu de cas des nombreux mouvements de résistance et de contestation des réformes néolibérales ou conservatrices en Europe : la Confédération européenne des Syndicats s’est prononcée contre le CPE ; la gauche et les syndicats suédois ont choisi de s’inspirer des arguments français anti-CPE ; en Allemagne, un débat très vif a lieu sur le droit du licenciement : durant l’été 2004, des dizaines de milliers de salariés et de chômeurs avaient manifesté contre les réformes Hartz. Enfin en Italie, Romano Prodi vient de remporter les élections en promettant de remédier à la précarité du travail des jeunes instaurée par le gouvernement Berlusconi. La lutte est donc européenne, et elle doit déboucher en France sur l’annulation du CNE. Le consensus libéral européen, incarné par la stratégie de Lisbonne, n’existe qu’au niveau des gouvernements, pas chez les peuples.
Notons enfin qu’au moment où les Français « réactionnaires » défilaient pour le statut de leur travail, 500 000 Américains « modernes » défilaient à Los Angeles contre un projet de loi sur l’immigration ! Non, le droit de manifester n’est pas un privilège de nantis, il est un droit fondamental des travailleurs et des citoyens, le plus indispensable devoir quand la justice sociale est bafouée.