Nous célébrons l’anniversaire de Mai 68.
Le temps n’est toutefois ni aux commémorations, ni à la nostalgie.
La planète s’est profondément transformée. Le capitalisme se fait
toujours plus prédateur. Les émeutes de la faim sont le corollaire de
l’enrichissement indécent d’une minorité de privilégiés. Les crises
financières s’enchaînent et une catastrophe écologique se dessine..
Bousculée par un nouveau totalitarisme de marché, la démocratie s’étiole.
C’est à la refondation d’une politique d’émancipation qu’il importe de
s’atteler.
En France, le sarkozysme se heurte déjà à la résistance du pays. Dans
les entreprises du secteur privé, dans les services publics, à l’école,
d’amples mobilisations se font jour.
À quarante ans de distance, deux questions se reposent à nous : quelles
perspectives offrir à la colère sociale ? Comment la volonté de changer
radicalement l’ordre des choses peut-elle redonner majoritairement le
ton à gauche ?
À cet égard, chacun hélas peut le constater, il manque toujours une
force incarnant un projet alternatif.
Du côté de la majorité dirigeante du Parti socialiste, les volontés
hégémoniques se confirment, et avec elles les tendances au renoncement
social-libéral, inspirées des exemples de MM. Blair ou Prodi. Mais la
gauche de transformation sociale et écologiste ne doit pas, elle,
s’accommoder d’un statu quo qui lui interdit d’espérer changer en
profondeur la donne politique.
La menace du bipartisme devient plus forte, avec son choix mortifère
ramené à deux variantes de l’adaptation au libéralisme. Tout cela peut
nous conduire à des désastres comme celui que vient de connaître la
gauche italienne, incapable d’empêcher le retour de Berlusconi aux
affaires et littéralement disloquée.
Les municipales et les cantonales viennent pourtant de prouver qu’il
existe ici un espace comparable à celui révélé par Die Linke en
Allemagne ou d’autres expériences similaires en Europe. Faute de
convergence entre des traditions et des cultures jusqu’ici séparées,
faute de prendre en compte l’apport des mouvements sociaux et citoyens
ayant émergé depuis plusieurs années, le champ des possibles demeurera
inévitablement limité : aucune force constituée ne peut rassembler
autour d’elle seule.
Les échecs passés nous instruisent des difficultés de l’entreprise. Nous
n’en restons pas moins convaincus que c’est le seul horizon porteur
d’avenir.
Un cadre permanent pour faire front
Nous en appelons donc à l’affirmation d’une gauche enfin à gauche. Qui
n’oublie plus la nécessité de redistribuer les richesses. Qui soit en
phase avec les aspirations des salariés, avec ou sans papiers, des
quartiers populaires, des jeunes. Qui conjugue urgence sociale, urgence
démocratique et urgence écologique. Qui permette au peuple d’exercer sa
souveraineté dans tous les domaines. Qui place l’égalité entre hommes et
femmes au cœur de son projet. Qui milite pour un nouveau mode de
production et de consommation, soutenable et respectueux des équilibres
écologiques. Qui promeuve la construction d’une autre Europe et des
rapports de codéveloppement avec le Sud. Qui devienne, ce faisant, une
véritable force.
Militants politiques, acteurs du mouvement social et culturel, nous
pouvons dès à présent agir de façon coordonnée. Sans préalable sur les
engagements des uns et des autres, construisons un cadre permanent qui
nous permette, ensemble, nationalement et localement, de réfléchir aux
moyens d’une vraie réponse politique aux attaques de la droite et du
Medef et d’aborder les grands rendez-vous qui s’annoncent. D’ici l’été,
que chacun et chacune se saisisse de cette proposition sur le terrain.
Et retrouvons-nous à l’occasion d’un grand rendez-vous national en
septembre, afin de prolonger ces échanges.
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Pour signer l'appel :
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Premiers signataires :
Paul Ariès, Ariane Ascaride, François Asensi, Clémentine Autain,
Christophe Barbillat, Francine Bavay, Hamida Bensadia, Pierre
Bergougnoux, Jacques Bidet, Martine Billard, Jean-Jacques Boislaroussie,
Patrick Braouezec, Bernard Calabuig, Yves Contassot, Eric Coquerel,
Emmanuelle Cosse, Thomas Coutrot, Claude Debons, Bernard Defaix, Marc
Dolez, Annie Ernaux, Jean-Claude Gayssot, Jacques Généreux, Susan
George, Dominique Grador, Robert Guediguian, Michel Husson, Raoul-Marc
Jennar, François Labroille, Frédéric Lebaron, Jacques Lerichomme,
Philippe Mangeot, Roger Martelli, François Maspero, Gérard Mauger,
Marion Mazauric, Daniel Mermet, Mohammed Mechmache, Philippe Meyrieu,
Claude Michel, Yann Moulier-Boutang, Dominique Noguères, Michel Onfray,
Christian Picquet, Christophe Ramaux, Yves Salesse, Denis Sieffert,
Patrick Silberstein, Evelyne Sire-Marin, Emmanuel Terray, Rémy Toulouse,
Marcel Trillat, Christophe Ventura, Marie-Pierre Vieu, Claire Villiers.